Un cycle de formation proposé par Laurent COURTENS, de L’iselp

Ce cycle se propose de retracer, en cinq séances, l’évolution de la représentation du travail dans l’art depuis son émergence au XIXe siècle jusqu’à sa résurgence actuelle comme motif central de scénarios de films, d’essais photographiques, de vidéos, de documentaires, d’interprétations picturales…

Cette généalogie, qu’il nous faudra d’abord établir et affirmer, pose en filigranes une question : quelle est la part du monde du travail dans l’histoire de l’art et de la culture ? En conséquence, cette autre question : qu’est-ce que le monde du travail peut bien trouver comme ancrage, comme patrimoine, comme expression de lui-même et de son identité, dans l’histoire des arts et de la culture ? Qu’aurait-il à gagner en risquant cette rencontre, en engageant cette enquête, en s’appropriant sa « part d’images » ?

Programme: de 18h00 à 21h00

Mardi 16 novembre : « Le réalisme, c’est la démocratie dans l’art » Gustave Courbet
Mardi 23 novembre : Servir le peuple, changer le monde
Mardi 30 novembre : Borinage 33-59-99
Mardi 7 décembre : Les groupes Medvedkine : des films comme des armes
Mardi 14 décembre : What next ?
Jeudi 16 décembre : Quelle utilisation de l’art dans nos pratiques formatives ?

Première séance – mardi 16 novembre

« Le réalisme, c’est la démocratie dans l’art » (Gustave Courbet)

Cette première séance abordera deux figures clés de l’histoire de la peinture : Gustave Courbet et Constantin Meunier.  Avec Les Casseurs de pierre, en 1849, Gustave Courbet donne à la représentation du travail ses premières lettres de noblesse et ses spécificités. Dans le même temps, il inaugure un nouveau positionnement de l’artiste par rapport à la société, engagé dans les transformations politiques comme dans les changements esthétiques. Autour de 1880, Constantin Meunier découvre la condition ouvrière dans le Pays Noir, le Borinage et le bassin industriel liégeois. Dès lors son œuvre déploiera un puissant hymne au travail, à sa souffrance et à sa puissance.  Sans équivalent, cette partition garde encore tout son sens.

Deuxième séance – mardi 23 novembre

Servir le peuple, changer le monde

Cette deuxième séance abordera les diverses formes de « réalisme socialiste » ou de « réalisme prolétarien » qui ont fleuri dans les années 1920-30. En URSS et au Mexique, mais également en France, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique…, nombreux sont les artistes qui cherchent alors, non seulement à produire une juste représentation du monde du travail, mais plus encore à lui fournir des armes pour œuvrer à sa propre libération. Dans cette perspective, on explore aussi les moyens d’éduquer le peuple à la culture et à différents modes d’expression. C’est l’époque du théâtre prolétarien, de la littérature prolétarienne et de l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires…

Troisième séance – mardi 30 novembre

Borinage 33-59-99

Trois films, trois approches du réel, trois états du travail et d’une région, le Borinage. Réalisé en 1933 par Henri Storck et Joris Ivens, Misère au Borinage s’inscrit dans le contexte de l’élan prolétarien abordé précédemment. C’est un film militant, le prototype du documentaire social engagé, éclairant les conditions de vie inhumaines réservées aux mineurs, en même temps que leurs luttes. Un peu moins de trente ans plus tard, Paul Meyer signe Déjà s’envole la fleur maigre, tendre poème à l’immigration (italienne surtout) et aux mineurs borains, en lutte encore, cette fois contre les premiers trains de fermetures. Quarante ans plus tard, les mines ont fermé. Le monde du travail a perdu son ossature. Il est toujours là, mais dépouillé, humilié. Une caméra s’obstine encore à le montrer, un micro à lui donner voix. Derrière, Patric Jean qui boucle en 1999 Les Enfants du Borinage. Lettre à Henri Storck. Un document qui éveille ces paroles de Claude Semal : « Ça pue moins quand on va chômer, mais ce sont les mêmes familles qui vivent dessus ou dessous ».

Quatrième séance – mardi 7 décembre

Les groupes Medvedkine : des films comme des armes

Cette séance s’articule autour des films réalisés entre 1967 et 1972 par les groupes Medvedkine, collectifs créés par Chris Marker et Mario Marret. À leur source, l’appel lancé aux deux cinéastes par René et Micheline Berchoud, représentants ouvriers actifs à Besançon, en vue de documenter le conflit en cours aux usines Rhodiaceta (textile). À l’appui d’une première expérience, Marker et Marret décident de mobiliser les ouvriers eux-mêmes dans la conception des films. En résulteront près de quinze courts et moyens-métrages où se libère cette parole ouvrière tenue à l’écart des écrans. Une parole timide, tendue, douloureuse, indignée, chargée d’attentes, de désirs. Une masse dense de données humaines et sociales qui appellent encore et encore à être explorées.

Cinquième séance – mardi 14 décembre

What next ?

Et aujourd’hui ? Après une période de déni et d’occultation, le travail s’impose à nouveau comme sujet récurrent, dans le cinéma, le documentaire, la photographie, la vidéo, les arts de la scène…

Plusieurs préoccupations traversent ces différents supports : d’abord, la nécessité de réhabiliter une mémoire, de restaurer une identité, ce que nous apprennent les photographies de Bernd & Hilla Becher, les Objets de grève de Jean-Luc Moulène ou la reconstitution historique de la Bataille d’Orgreave entreprise par Jeremy Deller. Ensuite, le désir d’inscrire du sensible dans la représentation du travail, de révéler la subjectivité du rapport au métier, de  dévoiler la richesse créative inscrite dans l’activité professionnelle (Bernard Frize, Alain Bernardini, Cao Fei). Enfin, la forme documentaire s’avère toujours la plus apte à rendre compte de la complexité du réel, de même qu’à élever au seuil de l’audible une parole qui demeure, en haut lieu, peu entendue…

Sixième séance : jeudi 16 décembre

Séance méthodologique : quelle utilisation de l’art dans nos pratiques formatives ?

Le formateur : Laurent COURTENS, historien de l’art et critique d’art et responsable de la médiation à L’iselp.

Animatrice de continuité: Myriam AZAR, CFS asbl

Inscription

Cette formation est gratuite sur inscription auprès de CFS asbl. Télécharger le bulletin d’ inscription 2010 et renvoyez le nous par:

  • Fax : 02/ 543.03.09
  • Email : info@cfsasbl.be
  • Courrier : 26 rue de la Victoire 1060 Bruxelles.
  • Info ? 02/543.03.03