La prochaine séance de l’atelier aura lieu le lundi 22 octobre à 18h30 à l’UP de Bruxelles

Vers une politique de la restitution ?

La première séance consacrée à la mémoire de Ota Benga et de Lusinga, mémoires mises en récit par Aimé Mpané et Michel Bouffioux, a été l’occasion de poser la problématique d’une « politique de la restitution » à partir d’une démarche généalogique depuis les archives coloniales. Depuis la publication d’une carte blanche intitulée « La Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux », le débat public semble être relancé dans un contexte marqué par la publication prochaine du rapport des deux experts en charge de la restitution du patrimoine africain détenu dans les musées français et la réouverture imminente après restauration du Musée royal de l’Afrique centrale.

L’enregistrement de cette première séance est disponible : (cliquez ici).

La seconde séance sera consacrée à déplier les questions suivantes :  à qui devraient être restitués ces objets (aux Etats, à des descendants identifiés, à des groupes culturels, etc.) sachant que les collections des musées rassemblent des objets aux statuts très diversifiés ? Quels sont les intercesseurs (intermédiaires) dans ces demandes de restitution (la place des diasporas, des Tabwa, etc.) ? Quelles vies ultérieures pour ces «  objets » après leur « vie muséale » ? Qu’en est-il de la possibilité de restituer les actes de pensées, les types de cognition, les formes de mémoire et d’imagination que ces objets mobilisaient et mobilisent peut-être encore ?

Avec l’instauration d’une politique néo-libérale de la restitution impulsée par Emmanuel Macron, la question est désormais posée de savoir ce qu’il restera des traces de ces objets en Occident une fois qu’ils auront été rapatriés et quel(s) mode(s) d’existence(s) leur absence rendra-t-elle possible ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que cette politique néo-libérale de la restitution a lieu dans une conjoncture marquée par le refoulement des migrants post-coloniaux en Méditerranée, dans une époque de fermeture, de militarisation et d’externalisation des frontières de l’Europe. De quoi les États européens tenteraient-ils de se débarrasser en restituant les objets témoins des crimes coloniaux ? Quel type de (non) relation s’instaure dans le repli sur soi, dans l’obsession meurtrière d’un chez-soi, d’un entre-soi transcendantal ?

Dans un texte où il tente de clarifier les termes des débats autour de la restitution (« À propos de la restitution des artefacts africains conservés dans les musées d’Occident »), Achille Mbembe fait l’hypothèse qu’en restituant de façon unilatérale et superficielle l’Europe cherche en réalité à s’octroyer « une bonne conscience à bas prix ». Ce qu’elle tenterait justement ainsi d’éviter à tout prix, c’est la matérialité du dommage subi. C’est pourquoi, insiste Mbembe, « toute restitution doit se faire sur la base d’une reconnaissance équivalente de la gravité du préjudice subi et des torts infligés (…) Toute restitution sans compensation (ou restauration) est par définition partielle ». Mbembe nous permet ainsi d’appréhender la restitution au-delà d’une action symbolique comme un processus à partir duquel ce qu’il s’agit d’accomplir est une restauration de la relation, c’est-à-dire une opération à travers laquelle il s’agit d’apprendre à composer avec des groupes lésés. Ainsi « toute politique authentique de la restitution est inséparable d’une capacité de vérité ». Sortir d’une approche de la restitution envisagée du seul point de vue de l’institution de la propriété et du droit qui la ratifie c’est instaurer un processus de restitution des objets pillés durant la colonisation qui à la fois honore la vérité historique et répare le monde. Car, rappelle Mbembe, « la vérité est l’institutrice de la responsabilité ». La restitution en tant que processus éthique viserait dès lors à tisser de nouveaux liens et à instaurer une relation nouvelle afin que ces objets prennent le chemin vers des destinations qui restent à venir.

Pour déplier ces questions, nous discuterons avec Hannelore Vandenbergen de l’UGent, chercheuse en anthropologie muséale et qui a mené une recherche à partir de la mémoire orale à Faradje (Haut-Uélé, RDC) par l’intermédiation de la « collection Hutereau » (1911-1914) au Musée de Tervuren. À partir de cette expérience, nous interrogerons la façon dont les objets ainsi que la mémoire des objets continuent de jouer un rôle actif au sein des sociétés et de groupes du Haut-Uélé : quelle diversité de groupes ? par quelles pratiques d’échange sont-ils aujourd’hui encore connectés à ces objets ? Ce sera l’occasion de revenir sur les enjeux actuels autour de la possession de ces « objets » par les groupes du Haut-Uélé, le rôle des mots, de l’oralité et de l’écoute comme (re)créateur de liens. Il s’agira aussi de restituer l’agentivité locale et historique de ces objets. Nous tenterons ainsi d’instruire les formes multiples prises par la restitution dans une politique de la réparation : restitution d’objets physiques, de mise en contact dans les dépôts, accès digital, « visual repatriation », expositions locales, etc.

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