Le troisième numéro de l’atelier de pensée collective autour de rituel-violence-politique et transe est
en écoute libre sur Radio Panik >>ICI <<


La prochaine séance de l’atelier aura lieu le jeudi 14 juin à 18h30 à l’UP de Bruxelles

Vers une politique de la restitution ?

Le 21 mars 2018, à la demande du journaliste Michel Bouffioux, le chef du Service Scientifique du Patrimoine à l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique sort d’une boîte contenant six crânes, un « exemplaire » sur lequel est indiqué la mention suivante : « A.A. 151. Lusinga ». D’après les archives consultables au Musée royal de l’Afrique centrale, il s’agit de Lusinga Iwa Ng’ombe qui fut décapité le 4 décembre 1884 sur ordre du lieutenant belge Emile Storms dans le cadre des expéditions de conquête par les agents de l’Association Internationale Africaine (organisation humanitaire créé par Léopold II en vue de prendre possession de régions qui allaient constituer l’État Indépendant du Congo). Dans une lettre du 15 novembre 1883 Storms écrit : « s’il (Lusinga) a le malheur de mettre son plan en exécution, la sienne (sa tête) pourrait bien un jour arriver à Bruxelles avec une étiquette – elle ferait bonne figure au musée ». Lors de ce massacre Émile Storms fait également prendre deux statuettes représentant les ancêtres de Lusinga. Cet épisode de la conquête du Congo dans les années qui précèdent la Conférence de Berlin (novembre 1884 – février 1885) montre comment les crimes coloniaux sont également des crimes contre la mémoire, contre la transmission et contre les ancêtres. La généalogie coloniale de ces objets interroge également la fabrique du racisme négrophobe le plus contemporain ainsi que notre accoutumance au massacre (Mbembe).

A l’heure de la réouverture prochaine du Musée royal de l’Afrique centrale, de la décision prise par le conseil communal de Bruxelles ville de nommer une place Patrice Emery Lumumba à Bruxelles et de la décision prise par Emmanuel Macron de confier à deux « experts cultures » la mission d’étudier la restitution à des pays africains des œuvres d’art actuellement détenues dans les musées en France qu’elles sont les effets du retour – sorti des collections héritées de l’anthropologie physique de la fin du XIXe siècle – du crâne de Lusinga ? Comment prolonger ce geste pour résister à la « conspiration du silence » qui entoure encore souvent les crimes coloniaux et qui nous empêche de prendre la mesure des liens qui se sont établis entre certains savoirs occidentaux et les rapports de domination fondés sur la race ? Comment penser une politique de restitution qui prenne en compte à la fois les violences historiques, la façon dont l’identité belge s’est construite dans l’invention des cultures indigènes congolaises, et plus globalement africaine, les mémoires non euro-centrées et les réalités néo-coloniales contemporaines ? A quelle conditions la question de la restitution peut-elle offrir des prises décoloniales sur notre présent ?

L’enjeu de cet atelier de pensée collective serait de travailler à la définition des contours d’une politique de restitution en se donnant les moyens de sortir de la position de l’expert classique, des petits droits concédés et d’un savoir approprié sur des objets préalablement vidés de leur puissance d’agir. L’on se donnera alors l’occasion de faire proliférer des questions sur un mode participatif et, pourquoi pas de faire revivre une institution (le Musée royal d’Afrique centrale) avec des vrais problèmes : à qui rendre ces objets ? à quels pays ? quels groupes ? avec quelles alliances ? avec quels effets recherchés ?

Pour y travailler nous proposons de convier différentes personnes (chercheurs, artistes, activistes, etc.) qui ont un point de vue particulier sur la restitution des objets accaparés pendant la période coloniale et plus largement qui ont nourri une réflexion sur ce que ces objets – déplacés, sériés, dévitalisés et transformés en témoins des théories eurocentrés de la modernité – représentent en termes de colonialité persistante. Nous proposons d’échanger avec eux sur le lien entre les devenirs possibles de ces objets et de nouvelles formes de savoirs que nous aurions à produire.

Pour un aperçu des discours autour de cette problématique vous pouvez regarder : http://www.lusingatabwa.com/tag/dans%20la%20presse/

Plus d’infos ? Adresse : 26 rue de la Victoire, 1060 Bruxelles
Adresse mail : info[at]universitepopulaire.be

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Toutes nos activités sont gratuites et libre d’accès. Il n’y a pas de réservation.