mercredi 23 novembre à 18h30 – Atelier de pensée collective

La prochaine saison de l’atelier de pensée collective commence le mercredi 23 novembre avec une nouvelle thématique, toujours à 18h 30 au 26 rue de la Victoire à St-Gilles.

atelier pensee collective

Non-innocence…

Un peu comme une figure imposée, aujourd’hui toute critique paraît devoir se faire depuis une position d’innocence totale. Moi qui ne sais rien à priori. Moi qui n’ai aucun intérêt particulier dans la question. Moi qui suis naïf. L’innocence est un au-delà des clivages, des intérêts particuliers, des querelles partisanes, des histoires singulières ; véritable pierre philosophale elle serait une garantie absolue de légitimité.

Comme si, en dehors de l’innocence, il n’y avait que des coupables. Innocence ou culpabilité, c’est le point de vue des journalistes ou des politiciens, mais aussi celui qu’on demande aux élèves d’adopter. C’est même le point de vue des complotistes les plus extrêmes qui en toute innocence, ont des doutes ici ou là… souvent là d’ailleurs.

On retrouve aussi ce discours dans beaucoup de milieux contestataires. En tant que juges impartiaux, venus d’un univers parallèle, on découvre tout d’un coup que le capitalisme est le capitalisme, que les patrons sont des patrons. On savait rien, on ne pouvait savoir, on découvre… les choses ne sont pas telles qu’elles devraient être, l’organisation du monde n’est pas logique. Ce n’est pas logique de cultiver du soja en Amérique du sud pour nourrir des cochons en Allemagne. Alors on fait savoir ce qu’on a « découvert », et il ne se passe rien…

Peut-être que pour agir il faudrait arrêter de jouer les innocents. C’est peut-être ceci la non-innocence, être responsables de quelque chose qu’on n’a pas choisi. Mais aussi utiliser ce qu’on sait pour se défendre.

Dans les années 1980, ceux qu’on appelait à l’époque les nouveaux philosophes, ont imposé l’idée que la seule figure politique légitime est celle de la victime pure : innocente. La victime honnête jusqu’au bout, soumise, acceptant sans sourciller tous les sacrifices. La bonne victime ne se bat pas, ne ruse pas : elle marche hagarde dans le désert en attendant qu’un jeune médecin blond lui apporte, sur son dos, un sac de riz…

Cette figure de la victime pure se décline dans tous les sens : il y a les bons réfugiés, mais aussi les bons travailleurs (ceux qui sans sourciller travaillent jusqu’au burn-out), les bons jeunes « issus de l’immigration » (qui continuent à vouloir s’intégrer sans rien dire après la myriade de discriminations quotidiennes qu’ils reçoivent)…

Pour commencer peut-être travailler cet extrait d’un article de Vinciane Despret qui permet de penser toutes ces notions : culpabilité, victime, innocence, responsabilité…

« Le thème de la culpabilité revient souvent chez Haraway. Elle pourrait apparaître comme l’autre de l’innocence. Mais c’est cette alternative que Haraway justement refuse, par le choix en quelque sorte incontournable que cette alternative assigne : celui entre victime et coupable. Cette assignation revient à exiger de la part de la victime une innocence totale, elle lui enjoint d’être une victime impeccable. Une exigence exorbitante, puisqu’elle requiert une mise en ordre de ce qui, justement, ne peut pas être mis en ordre, de ce qui ne demande ni aveu, ni culpabilité, ni innocence, ni rédemption, mais curiosité dans le plaisir et l’inconfort, et responsabilité. Une attention aux conséquences, non aux causes: une réponse, pas une explication, quelle qu’elle soit. Ce lien entre l’innocence «irresponsable», la tentation d’harmoniser le désordre et la confusion entre réponse et explication se tisse lorsqu’Haraway écrit de la culpabilité qu’elle relève finalement de «cette arrogance cosmique de la culture américaine (dans ce cas-ci, la nôtre), qui nous mène à croire que toutes les fautes ont leurs causes et qu’il nous est possible de les identifier». «Les dieux, conclut-elle, doivent bien se moquer de nous».

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