Une nouvelle séance de l’atelier de pensée collective avec Isabelle Stengers, Guillermo Kozlowski et Baptiste De Reymaeker

Mardi 18 novembre à 18h30 à l’UP de Bruxelles

La lutte continue certainement, mais nous proposons de passer à une autre question dont le point de départ sera :

Est-ce que les luttes ont des identités ? Est-ce que les identités des luttes doivent changer, être dans le mouvement ? Comment ces différentes luttes entrent en interaction, alors qu’elles ont des identités différentes ?

Nous avons choisi cette thématique, proposé par Annabelle Dupret, parce qu’elle ouvre sur beaucoup de questions dans des domaines très divers. Cette première séance sera aussi l’occasion de reformuler ensemble la thématique de l’année.
Pour le 18 novembre, Annabelle nous propose les questions suivantes qui l’inquiètent et dont elle ne sait pas quoi faire dans le cadre de cette thématique :

« Préserver quelle(s) identité(s) dans la lutte ? »

1. Lorsqu’on lutte pour l’émancipation ou l’aide ou les droits d’un groupe, comment ne pas le stigmatiser ?

Exemple de proposition pouvant subvertir les représentations : débat avec des pauvres « Peut-on rire de la pauvreté ? »

2. Lorsque on est en lutte, comment ne pas se stigmatiser, comment ne pas être dans une perspective identitaire ? (Par exemple, l’identité « j’aide les pauvres », au détriment-même de leur(s) identité(s) à eux).

3. Autre exemple selon moi subversif « Si je lutte pour aider les pauvres, je lutte contre la pauvreté, donc je prône la richesse. Vive la richesse ! » J’adore cette affirmation ! Elle détourne de la perspective d’identification qui s’établit si rapidement dans ce genre de milieu. Oui, aussi rationnelle que cette affirmation puisse paraître, cette affirmation est très très mal perçue dans les milieux de lutte contre la pauvreté, qui souvent s’identifient (en niant les différences) avec la population qu’ils aident et clament plutôt « vive la pauvreté ».

4. Cela pose aussi la question des moyens de la lutte : faut-il toujours être dans l’idéologie (la transmission de discours) pour lutter ? Faut-il partager et informer une population de ses idées pour lutter ? Ou au contraire, la subversion (inversion) des identités en présence permet-elle bien mieux l’action ?

5. Enfin, la mission « d’identifier  » un groupe, de le catégoriser, est-elle seulement possible ?! Par exemple aider une personne pauvre ne se fait pas sous la seule condition qu’elle soit de gauche. C’est plutôt un processus possible. Il est évident que l’aide doit être inconditionnelle. Le risque sinon est de tomber dans les travers pervers de l’aliénation (« je partage ces valeurs pour que tu m’aides… »).

6. C’est également la question de nombreuses luttes (sans-papiers, sdf, drogués, femmes, enfants, travailleurs…). C’est chaque fois une identité qui est en jeu. Mais il faut savoir ce qu’elle est (Sans-papiers, est-ce une identité ? L’identité d’un sans papiers va pourtant justement au-delà de n’avoir pas de papiers, elle est tout, sauf cela justement !), et justement tout ce qui la compose et ne se réduit pas à sa catégorie. Il est nécessaire d’identifier un groupe dans une lutte, pour le soutenir, mais il ne faut surtout pas le réduire à cette identification (au risque à mon avis, de faire chuter la lutte elle-même…).

Bienvenue !

Adresse : 26 rue de la Victoire, 1060 Bruxelles
Adresse mail : info[at]universitepopulaire.be
Téléphone : 02 543 03 08

Toutes nos conférences sont gratuites et libre d’accès. Il n’y a pas de réservation.